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Un film de Thierry Michel et de Collette Braeckman

Un film à la gloire de Denis Mukwege, le gynécologue qui ’répare’ les femmes violées

By Solange Masika, 04 avril 2015

Le médecin congolais soigne les victimes de viols au Sud Kivu, ravagé par la guerre et les milices, dans son hôpital de Panzi. Lauréat du prix Sakharov en 2014, il est au coeur d’un film "L’homme qui répare les femmes - la colère d’Hippocrate", de Thierry Michel et Colette Braeckman.

Source : http://information.tv5monde.com/ter...

Il n’est pas dans les habitudes du Dr Denis Mukwegue de s’exposer ainsi face à la terre entière. Loin des ors du monde, il travaille sans cesse, opérant jour et nuit dans son hôpital de Panzi, à l’Est de la République démocratique du Congo, transformé malgré lui en sanctuaires pour femmes violées par les belligérants, milices et militaires d’armées ’régulières’, qui s’affrontent à travers leurs corps suppliciés. Violer pour détruire, détruire pour posséder.

Le corps des femmes, "une arme bon marché et redoutablement efficace" comme il le constate sans élever la voix. Ce contraste entre la douceur de cet homme, mi pasteur (il prêche toujours) mi médecin, des paysages à la beauté stupéfiante, soulignés par une musique insistante d’une part, et les horreurs subies par des femmes, des jeunes filles, des fillettes, mais aussi des garçons, traverse les presque deux heures du film de Colette Braeckman et Thierry Michel, journaliste et réalisateur, belges tous deux, consacré au médecin qui "répare les femmes". Et qui rêve sans doute de faire autre chose, que la folie des combattants cesse enfin dans cette région du Sud Kivu où se battent Congolais, Rwandais et Burundais, attisée par des mauvais génies qui voudraient s’approprier les métaux précieux enfouis sous ces terres.

Témoignages insoutenables

Le documentaire s’ouvre par la remise du prix Sakharov en 2014 à celui que beaucoup auraient bien vu lauréat du Nobel de la Paix. Le rappel de cette cérémonie est presque immédiatement suivi d’un témoignage insoutenable, celui d’une fillette, qui revit devant la caméra le viol et les tortures infligés par plusieurs hommes d’une milice locale. Insoutenable, parce que dit d’une voix d’enfant, avec des mots d’enfant, de ses deux violeurs - "je voudrais qu’ils partent et qu’ils souffrent comme moi", comme si cela suffisait. Plus loin, un petit garçon blessé à l’oeil, le visage encore tuméfié, se demande pourquoi il n’a pas "juste le droit d’aller à l’école."

Mais la caméra suit surtout le docteur, qui tente de recoudre les corps et les esprits - et l’on peut regretter ce parti pris, qui ne rend pas compte de la modestie silencieuse de cet homme, appelés affectueusement "papa" par ses patientes et patients. Parti après une tentative d’assassinat en 2012, dans laquelle périt un ami de ses enfants, il reviendra dans son hôpital en 2013, billet d’avion payé par une collecte de ses amis de Bukavu.

Sa maman le voyait médecin - le moment où ils sont ensemble face à la caméra, est l’un des plus émouvants et l’un des rares joyeux du film. Il voulait être pédiatre, la réalité l’a rattrapé à l’occasion d’un séjour dans sa région natale. Il étudiait alors la médecine à la faculté d’Angers. De retour de voyage, il se décida pour la gynécologie. Aujourd’hui, il exerce sous la protection des Casques bleus, en espérant qu’un jour cette "spécialité" lui permettra avant tout d’aider à donner la vie.

Frantz Vaillant a rencontré le Dr Denis Mukwege à Paris, pour Terriennes, alors qu’il venait présenter le film dans la capitale française, à l’invitation de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Je me sens si petit par rapport à ces femmes

Colette Braeckman est une journaliste qui aime, jusqu’à la passion, le continent africain. Pour le Soir de Bruxelles, elle a arpenté les anciennes colonies belges, Congo, Rwanda, etc. Elle en a rapporté des reportages sans concession et a permis à la Belgique de regarder en face son passé colonisateur, entre exploitation des humains et violences physiques. Elle est de celles et ceux qui ont été au bout de l’horreur au Rwanda, durant le génocide de 1994, rendant compte des traces du colonialisme dans le fracas de la fin du XXème siècle. Le réalisateur Thierry Michel, autre arpenteur infatigable de l’Afrique centrale, personna non grata en RDC pour avoir révélé, dans un précédent film, des vérités peu agréables aux oreilles de Kinshasa, "L’affaire Chebeya, un crime d’État ?", c’est elle qui s’est parfois emparé de la caméra. D’autant plus qu’elle avait déjà consacré un livre au Dr Mukwege, au titre éponyme.

La résilience et le courage de ces femmes sont stupéfiants

Le film, projeté en avant première à La Haye, à la Cour pénale internationale, dont la procureure générale est aujourd’hui une femme, puis à Bruxelles, à Paris, et à Montréal, est soutenu par l’Organisation internationale de la Francophonie. Le film sortira sur les grands écrans, à la mi avril en Belgique et en France.

Posted by Solange Masika

GLPIC, Responsable de la protection de la femme et de l’enfant

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