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Nouvelle guerre à l’Est de la RDCongo sur fond d’un projet de balkanisation

Affrontements entre FARDC et rebelles : regain d’insécurité dans les territoires de Beni-Lubero

Par FAUSTIN MBUSA, 27 JUIN 2017

Depuis le vendredi 16 juin, des affrontements réguliers entre les FARDC et des groupes armés apparentés aux Mai-Mai, sont signalés régulièrement sur l’axe routier Butembo-Beni. Depuis le lundi 26 juin, ils se poursuivent dans les environs de la cité de Kasindi, frontalière avec l’ Ouganda et dans la vallée de la Semliki dans le parc des Virunga. Plusieurs victimes ont déjà été dénombrées dont des officiers supérieurs de l’armée congolaise. Qui sont ces groupes armés, lourdement armés selon les différents témoignages, qui se battent contre les FARDC dans le territoire de Beni et une partie de l’Ituri ?

La cité douanière de Kasindi située à 80 km à l’Est de la ville de Beni s’est réveillée dans la stupeur ce lundi 26 juin 2017. Et pour cause, des affrontements ont eu lieu entre les FARDC et des éléments armés non autrement identifiés aux abords du parc des Virunga. Toute la cité a été saisie de panique. Commerces fermés, activités douanières et administratives arrêtées. Certaines personnes apeurées par l’ampleur des combats ont décidé de trouver refuge de l’autre côté de la frontière, dans la ville ougandaise de Bwera. Bilan des affrontements : quatre miliciens tués, deux militaires des FARDC tombés sous les feux de l’ennemi. Une épouse de militaire a été aussi blessée a confirmé à l’AFP, le lieutenant Jules Tshikudi, porte-parole de l’armée dans la région.

Selon le porte-parole d’un des groupes armés présents dans la zone, le MNR( Mouvement National Révolutionnaire), cette attaque serait l’oeuvre du M23 commandée de Kampala par le colonel déserteur congolais Richard Bisamaza. cette aurait pour but de préparer l’incursion de ses éléments dans la région en vue de rallier la ville de Beni. M. Mahangaiko du MNR, a précisé au micro de la Voix de l’Amérique, que son mouvement avait pour but de mettre fin au pouvoir de Kabila et de permettre au peuple congolais de se prendre en charge, de se choisir ses propres dirigeants et de profiter enfin des richesses naturelles de son pays accaparées par un groupe d’individus indifférents à la souffrance du peuple congolais.

Une attaque qui s’inscrit dans la continuité de Kabasha

Cette attaque de la cité de Kasindi semble s’inscrire dans la série d’affrontements entre les FARDC et un important groupe armé apparenté aux mai-mai qui a commencé à Kabasha le jeudi 16 juin dernier. Le doute s’est vite installé dans l’esprit de la population quant à savoir si réellement ce groupe armé était constitué des mai-mai. Le hic, la morphologie des éléments et leur langue, la qualité et l’importance de l’armement. Ces insurgés seraient lourdement armés alors que les mai-mai qui se recrutent généralement au sein de la population locale sont sommairement armés des lance-pierre, des couteaux, des gourdins , des lances, des serpettes...et parlent parfaitement la langue locale.

Bien plus, l’un de leur porte-parole a vite fait de semer le doute dans les esprits. Un certain Kakolele Bwambale, alias Aigle Blanc, qui depuis longtemps mange à tous les rateliers politiques, sauf à celui des vrais mai-mai, le dernier étant celui de Kabila avec qui il a toujours travaillé. Ce qui a conforté la rumeur selon laquelle, il serait au service du M23. Sa mission serait de mettre sur pied un pseudo mouvement mai-mai qui serait constitué à la fois des évadés de la prison de Kangwayi du dimanche 11 juin dernier, certains chefs mai-mai corrompus à coup des liasses de dollars et une partie des FDLR, à qui on aurait promis une intégration définitive en RDCongo avec terres arables et d’autres avantages notamment des postes dans l’administration et l’armée, s’ils renoncaient de rentrer au Rwanda. L’objectif, participer à l’érection de la République Unie du Kivu.

Les mêmes acteurs au service du même projet, les mêmes méthodes.

Depuis que l’AFDL a conquis le pouvoir à Kinshasa en mettant un congolais à la tête de l’opération, M. Laurent Désiré Kabila, alors qu’il ne contrôlait rien, la recette semble pouvoir se rééditer dans ce qui se passe à Beni. Alors que les rumeurs persistantes rapportent que cette nouvelle rébellion aurait pour but de vouloir mettre en place une nouvelle république unie du kivu, on comprend aisément pourquoi les commanditaires utilisent les fils du terroir pour réaliser leurs objectifs qui ne passeraient pas du tout aux yeux de l’opinion locale. C’est la raison pour laquelle on parle du trio Kakolele, La Fontaine Kakule et Richard Bisamaza. Si les deux premiers sont des natifs de Beni-Lubero, le colonel Bisamaza est rwandophone. Alors qu’on ne l’entend même pas depuis le début de cette opération, il se peut que c’est lui la plaque tournante de l’opération car chargé de recruter du personnel pour la Nouvelle République à partir de Kampala où il réside. Si Kakolele se targue d’être le chef des opérations actuellement, à la Fontaine Kakule on aurait promis le poste de chef d’Eta-major des armées et le dit à qui veut bien le croire que c’est lui le responsable des attaques de Kabasha. Or tout porte à croire que tous les deux sont au service de Bisamaza et de ses parrains tapis dans l’ombre qui les utilisent juste comme des hommes de service pour faire passer la pilule de la balkanisation tant l’hostilité est très forte dans la région contre les rwandophones et ce genre de projets. Bien plus, les exactions qu’ils ont fait subir à la population lors de la guerre de l’AFDL sont encore vivaces dans les mémoires.

Autres commentaires qui cristallisent le soupçon de complicité de Kabila dans cette nouvelle rébellion, est qu’il est conscient qu’il ne pourra pas normalement se représenter aux élections. Par conséquent il aurait tout intérêt à se ménager un plan B de sortie au milieu de ses anciens compagnons d’armes du M23 qui tiennent à mettre sur pied leur République Unie du Kivu dont les limites s’étendraient de l’Ituri en passant par le Nord-Kivu jusqu’au Maniema. Dans cette histoire qui semble se répéter, on cite encore une fois M. Bugera comme porteur du projet de la Balkanisation de l’Est du Congo avec le soutien de James Kabarebe, encore lui, l’actuel ministre de la Défense du Rwanda. Il convient de rappeler que ce dernier s’était fait passer pour un congolais en 1997, jusqu’à occuper le prestigieux poste de chef d’Eta-major de l’armée congolaise en faveur de la guerre presse-bouton de l’AFDL.

Une rébellion prise au sérieux par le gouverneur du Nord-Kivu.

Considérant l’importance de l’armement dont dispose ce groupe armé d’un nouveau genre mais aussi l’ampleur des dernières attaques de Kabasha, de Kasindi et la ville de Beni, le gouverneur du Nord-Kivu, M. Julien Paluku a alerté hier l’Etat-major général des Fardc à se pencher sérieusement sur la question. Pour lui, ces derniers assauts dépassent largement les attaques des milices locales. Bien plus, le nombre toujours croissant des victimes civiles et militaires, appelle normalement une réaction plus énergique. Or, jusqu’à présent, certains observateurs ont l’impression que le chef de l’Etat congolais négligerait cette rébellion au profit de ses voyages diplomatiques en Afrique du Sud et ailleurs, tant son silence est inquiétant. Alors que les militaires congolais tombent chaque jour sur le champ de bataille. Et pourtant c’est lui normalement le garant de la sécurité et de l’intégrité du territoire congolais.

Posted by Faustin Mbusa

Glpic Advocacy Officer

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