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Premiers résultats de la mission d’enquête conjointe de l’ONU au Kasai

32 charniers de trop découverts au Kasai, le décompte macabre passe à 80

Par FAUSTIN MBUSA, 14 JUILLET 2017

" Kasai, les charniers passent de 42 à 80 " pouvait-on lire à la une du journal le Phare paraissant à Kinshasa dans sa livraison du 13 juillet 2017. Le décompte macabre ne fait que s’alourdir comme si le " fameux esprit de mort" tant redouté à Kinshasa la capitale de la RDCongo s’était installé dans la région du Kasai. Tout porte à croire qu’un bilan exhaustif des massacres du Kasai perpétrés en partie par les forces armées congolaises ne sera jamais connu. Pour rappel, des militaires congolais avaient diffusé sur des réseaux sociaux, comme une sorte de trophée de guerre, des images insoutenables d’exécution des jeunes gens supposés appartenir à la milice Kamwina Nsapu dont le chef avait été tué sur ordre du gouvernement an août 2016 pour rébellion. La banalisation de la mort en RDCongo est devenue si inquiétante que la vie humaine semble ne plus avoir une certaine importance. Pire, l’utilisation de la violence par l’Etat congolais qui en a certes le monopole sur son territoire, semble frapper beaucoup plus des pauvres citoyens qui ne menacent en rien l’ordre public alors que certains groupes armés semblent bénéficier d’une certaine complicité du gouvernement congolais, au regard d’une certaine impunité dont ils bénéficient. Cette situation peut susciter une interprétation qui consiste à considérer que les autorités congolaises dans leur obstination à s’accrocher au pouvoir, ont besoin de cette stratégie du chaos pour ne pas organiser les élections en vue de favoriser l’alternance. Pour rappel, la Commission Nationle Electorale Indépendante(CENI) accusée par une certaine opinion de rouler pour le gouvernement, vient d’annoncer que les élections tant attendues n’auront pas lieu en 2017 comme le prévoyait l’accord politique du 31 décembre 2016.

42 charniers, plus de 3 000 morts et deux experts de l’ONU assassinés, était jusque là le triste bilan des violences du Kasai dont le début remonte au mois d’août 2016 avec l’assassinat du chef tribal Kamwina Nsapu. Comme si cela ne suffisait pas, la commission d’enquête conjointe de l’ONU avec les autorités judiciaires congolaises, vient de mettre au grand jour 32 fosses communes de plus. Un inquétant premier résultat malheureusement confirmé par les différents journaux paraissant à Kinshasa et d’autres sources concordantes réputées indépendantes à l’instar du journal Le Phare dont nous reprenons la version :

Selon les résultats d’une enquête mixte menée la semaine dernière à travers le Grand Kasaï par des experts du Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme et des magistrats militaires congolais, 38 nouvelles fosses communes ont été découvertes dans cet espace géographique en proie aux violences de toutes sortes depuis le mois d’août 2017. Ces investigations ont été conduites les 04 et 07 juillet dans les localités de Sumbula (7 fosses) et Diboko (31 fosses), dans le territoire de Kamonia. Ajoutées aux 42 découvertes entre mars et mai 2016, cela donne un bilan provisoire de 80 charniers.

Cela apporte de l’eau au moulin des sources indépendantes qui soutiennent que le nombre de fosses communes devrait dépasser la centaine, compte tenu de la probabilité de nouvelles découvertes, s’il était permis aux enquêteurs indépendants de fouiller davantage les forêts et la brousse à travers le Grand Kasaï. L’autre constat provisoire à tirer de l’identification de nouveaux charniers est que la thèse du génocide semble se préciser, étant donné que les violences ont pris, ces derniers mois, une coloration tribalo- ethnique. Les observateurs estiment, au vu du nombre fort élevé des charniers connus et de ceux que l’on ne connaîtra jamais, le bilan de plus de 3.000 morts livré par l’Eglise catholique du Congo et le député national Delly Sesanga est visiblement en-déca du nombre réel des personnes tuées et disparues.

C’est le lieu de rappeler qu’en marge de la 7998éme session du Conseil de Sécurité des Nations Unies, le Secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opération de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix, a fait état d’une situation sécuritaire et humanitaire très grave dans le Grand Kasaï, où se poursuivent des exécutions sommaires et des viols, y compris des civils par les forces de sécurité et l’existence de plusieurs dizaines de fosses communes. Il a demandé que le maximum d’éclairage soit donné sur les tueries à grande échelle qui touchent le Grand Kasaï, que les auteurs soient poursuivis en justice et que des sanctions ciblées soient envisagées contre les commanditaires. D’où, d’aucuns pensent que le Kasaï garde encore les mystères de ses morts, de nombreux disparus et des fosses communes et autres victimes des viols, tortures et exactions diverses. Selon le tableau de plus sombre qui s’offre aux yeux de tous, il y a nécessité d’une enquête internationale pour élaguer toutes les zones d’ombres qui couvrent une spirale des violences qui semble planifiée à partir d’officines politiques ».

La RDCongo brûle, le président et son gouvernement regardent ailleurs.

Alors que cette nouvelle découverte ne fait qu’aggraver la situation des droits de l’homme en RDCongo, le gouvernement du pays de Lumumba se complaît malheureusement à nier la réalité des faits comme l’a fait le Ministre congolais de la communication M. Mende, en contestant ces résultats de l’enquête alors que la commission est bien conjointe. Autrement dit des magistrats et autres auditeurs militaires congolais y compris des agents de renseignements font partie de la commission. Cela démontre à suffisance que la vie des congolais semble ne plus rien valoir aux yeux des autorités congolaises qui ne veulent pas admettre leur responsabilité dans ces tueries de masse. Bien plus, le chef de l’Etat semble ne pas s’en émouvoir outre mesure car au moment où ces résultats étaient annoncés, lui et ses services étaient occupés à réceptionner une cargaison exotique de girafes et autres buffles en provenance des parcs namibiens au port de Boma, pour alimenter ses propriétés privées de l’île de Mateba au Bas-Congo, de Kingakati dans la périphérie de Kinshasa et de Lubumbashi.

Au même moment, d’autres théâtres de violence se développent à l’Est du pays notamment dans les territoires de Beni et de Lubero, en Ituri et dans les montagnes de Fizi au Sud-Kivu, où les milices armés pro ou contre gouvernement continuent à s’affronter contre ce qui reste des Forces armées de la République Démocratique du Congo. Malheureusement, les victimes de ces violences sont les pauvres et innocents citoyens congolais qui meurent et qui sont forcés au déplacement par milliers.

Des chiffres qui ne disent rien aux autorités congolaises

Alors que ces 32 charniers de trop découverts au Kasai ne peuvent qu’émouvoir les âmes sensibles, les autorités congolaises donnent l’impression de répondre : " il est urgent de ne rien faire". Entretemps, la dégradation de la situation ne fait que s’accélérer comme si cela constituait une sorte de fonds de commerce du gouvernement. Et pourtant les chiffres avancés par des organisations non gouvernementales et d’autres institutions internationales présentes dans le pays ne cessent d’illustrer une situation peu enviable.

A cet effet, le Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires de l’ONU(OCHA), vient de publier ce mercredi 12 juillet des chiffres alarmants concernant les déplacés internes suite à la violence des groupes armés. D’après ce rapport, en juin 2016, les déplacés internes congolais étaient évalués à 1,7 millions de personnes. Une année après, ils seraient au nombre de 3,8 millions. Selon le même rapport, 15 provinces, soit plus de la moitié des 26 provinces que compte la RDCongo, abritent des personnes déplacées internes. A lui seul, le Kasai central abrite plus de 670 000 déplacés. Ce qui le classe en deuxième position après la province du Nord-Kivu qui compte 957 000 déplacés. Le même document indique que les familles d’accueil constituent le principal type d’hébergement puisqu’elles prennent en charge plus de 87% de ces déplacés.

Un sombre tableau qui préoccupe le GLPIC qui invite les amis de la RDCongo épris de paix à se mobiliser pour arrêter ce cycle de violences qui risque de menacer durablement la paix dans la sous-région de l’Afrique de Grands lacs en particulier et du continent en général.

Posted by Faustin Mbusa

Glpic Advocay Officer.

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